Faire de la RSE un levier d'innovation

Portrait de Flore Cholley, Chief Sustainability Officer d’Edenred
« Il n’y a pas de petits pas, que des débuts de solution. »
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Vanessa Vierling

Fondatrice & Présidente

Chief Sustainability Officer chez Edenred et membre du comité de mission de Spring Lab, Flore Cholley a fait de la RSE un réflexe au cœur des décisions de l’entreprise. Elle raconte comment elle embarque les managers, ce dont elle est fière et l’entreprise dont elle rêve pour 2040.

Citation de Flore Cholley, Chief Sustainability Officer d’Edenred : « Nous sommes passés des “on ne peut pas” à l’automatisme de placer la RSE au cœur des décisions.
Citation de Flore Cholley, Chief Sustainability Officer d’Edenred : « Nous sommes passés des “on ne peut pas” à l’automatisme de placer la RSE au cœur des décisions.

Les Visages du Virage : des conversations à cœur ouvert avec celles et ceux qui portent des transformations stratégiques, organisationnelles, culturelles et surtout humaines. Chaque interview éclaire une initiative à partir du regard de la personne qui la mène.


Chez Spring Lab, on aime l’intelligence collective ! Alors pour démarrer cet échange, si tu étais un jeu de société, lequel serais-tu ?

Si je devais me comparer à un jeu de société, je serais un escape game. C’est une aventure collective qui mobilise la singularité de chacun. Chaque joueur, avec ses compétences uniques, qu’elles soient techniques ou humaines, est indispensable à la résolution de l’énigme. Ce parallèle illustre bien ma vision de l’intelligence collective : chacun contribue avec ses atouts et ses talents uniques à un succès collectif… et rapide !


Comment en es-tu venue à t’engager en faveur des enjeux de transition sociale et environnementale ? Quel a été ton moteur ?

J’ai commencé ma carrière dans le marketing, mais très vite, j’ai ressenti le besoin de parler au citoyen derrière le consommateur. Concevoir des produits en pensant à leur impact global, avec une approche holistique, est devenu une évidence. J’avais besoin de sens, de contribuer à une transformation positive, d’être actrice de la solution. C’est ce que j’ai trouvé dans le domaine de la RSE. C’est un espace d’apprentissage constant et l’opportunité de relier des mondes qui, trop souvent, ne se parlent pas : business, innovation, société.


Qu’est-ce qui t’inquiète le plus ? Et à l’inverse, qu’est-ce qui te donne de l’espoir ?

Ce qui m’inquiète aujourd’hui, ce sont principalement les tensions géopolitiques, qui poussent au repli sur soi. Il y a également cette injonction implicite que ce serait à la nouvelle génération de tout changer, de tout réparer… ce qui permet à d’autres de ne rien faire. Non ! Nous devons tous agir dès maintenant, sans limite d’âge ! Et je crois aussi profondément à la solidarité qui naît dans l’adversité. Quand nous sommes au pied du mur, nous savons agir collectivement, nous l’avons bien vu pendant le Covid. C’est une force sur laquelle il faut s’appuyer.


Peux-tu nous parler de ton rôle chez Edenred ?

Chez Edenred, je suis Chief Sustainability Officer. Je me vois comme une cheffe d’orchestre. Je donne le rythme, j’organise une partition commune et je fais en sorte que chaque collaborateur, tel un musicien, trouve sa place dans la symphonie RSE, en lui laissant la lumière. Mon rôle est d’accompagner chacun dans l’intégration de la RSE à son niveau. Il n’y a pas de petits pas, que des débuts de solution.


Tu as mené chez Edenred un véritable virage, une profonde transformation sociale et environnementale. Comment t’y prends-tu pour emmener cette entreprise Tech, détenue en partie par des fonds américains, vers l’impact ?

Edenred a cette particularité d’avoir l’impact dans son ADN, notamment via son offre phare, le Ticket Restaurant. De plus, nous avons la chance d’avoir un PDG engagé sur ces sujets, ce qui rend possible une réelle transformation, sans avoir à « convaincre » de leur importance. Nous avons structuré les fondamentaux : gouvernance, politique climat, achats responsables. Et nous avons fixé des objectifs ambitieux, comme l’atteinte du net zéro carbone d’ici 2050, validés par la SBTi.


De quoi es-tu la plus fière ? Quels sont tes plus grands défis ?

Mon plus grand défi ? À court terme, pour 2025, maintenir le cap face aux tensions géopolitiques. En ce qui concerne mon métier, mon plus grand défi est d’accompagner les équipes d’innovation produits dans l’intégration de la RSE dès la conception. Enfin, j’essaie de rendre notre engagement RSE tangible pour l’utilisateur final, afin qu’il devienne une source de différenciation. Nous démontrons ainsi qu’investir dans la RSE apporte un retour sur investissement durable, grâce à une clientèle fidélisée.

D’autre part, je suis particulièrement fière d’avoir obtenu la validation de nos objectifs par la SBTi, de notre travail sur la mobilité douce et des progrès réalisés sur la parité, avec 10 points de plus de femmes dans les postes dirigeants. Ce n’est pas si compliqué : c’est une question de volonté. En fait, ce qui me rend fière, c’est cette évolution des mentalités : nous sommes passés des « on ne peut pas » et « avec quel budget ? » à l’automatisme de placer la RSE au cœur des décisions.

Les 5 leviers de Flore Cholley pour embarquer les managers dans la RSE : repérer les alliés, incarner, dialoguer, fixer un cap commun, donner envie
Pour réussir les transformations, il y a toute la dimension culturelle et managériale. Il est essentiel d’embarquer les équipes, en particulier les managers. Comment t’y prends-tu chez Edenred ?

Je commence par identifier les alliés et neutraliser les réfractaires. Ensuite, je dirais qu’embarquer les équipes passe par l’incarnation : créer du dialogue, accepter la contradiction, définir des objectifs communs, simples et clairs. Il faut donner envie, montrer que la RSE est un levier d’innovation, pas une contrainte. Je veille à porter de l’intérêt aux sujets de fond comme aux sujets plus « trendy », afin que tout le monde se sente concerné et écouté.


Selon toi, l’intelligence collective a-t-elle un rôle à jouer dans l’adoption de la RSE dans les pratiques courantes ?

Évidemment, l’intelligence collective joue un rôle fondamental dans l’appropriation du sujet par les managers. Quand un responsable comprend que la réussite de son projet passe en partie par la RSE, alors il s’en empare. C’est là que la magie opère. Mon plus grand succès, c’est quand un responsable finance lui-même un projet RSE par conviction. Je pense notamment à la nomination récente d’un directeur Green IT chez Edenred, pour réduire nos émissions carbone liées à l’IT, qui représentent tout de même environ 40 % de nos émissions. Cette nomination est un tremplin pour la suite de notre plan d’action.


Selon toi, quelle est la plus grande responsabilité d’un cabinet de conseil à impact aujourd’hui ? Son plus grand défi ?

Pour moi, un cabinet de conseil à impact a aujourd’hui une double responsabilité : pousser les entreprises engagées le plus loin possible, tout en initiant celles qui sont moins avancées au chemin de l’impact. Accélérer la transition, créer une dynamique de compétition positive, encourager la coopération entre les entreprises : voilà aujourd’hui le rôle d’un cabinet de conseil. Le plus grand défi reste de continuer à mobiliser les entreprises sur les sujets liés à la RSE dans le contexte actuel. 2025 s’annonce difficile, mais 2026 vaut la peine d’être vécue.


Pourquoi as-tu accepté de rejoindre le comité de mission de Spring Lab ?

Ce qui m’a donné envie de rejoindre le comité de mission de Spring Lab, c’est principalement le fait que j’adhère à votre vision. Votre approche mêle stratégie, culture business et intelligence collective. Et puis, il y a cette force : des femmes puissantes, engagées, prêtes à bousculer les modèles établis.


Qu’est-ce qui t’a plu ou interpellée dans la démarche de Spring Lab ? Quel est notre truc en plus ?

Spring Lab insuffle une vision positive de la RSE, en mettant en avant son potentiel d’innovation et l’importance de l’intelligence collective, en contraste avec une approche purement axée sur la conformité (bilan carbone, CSRD…). J’apprécie votre capacité à faire le pont entre la culture business, la recherche de profit, et l’innovation responsable.


Comment perçois-tu ton rôle ? Quel premier conseil as-tu envie de nous donner ?

Mon rôle dans ce comité : être une boussole entre ambition et pragmatisme. Apporter humblement mon expérience et mon expertise, en venant moi-même d’un milieu corporate où la recherche de l’impact positif n’est pas une évidence pour tous. Pousser toujours plus haut, tout en acceptant que chaque pas compte, aussi petit soit-il. Aider à insuffler l’envie d’agir.


Comment imagines-tu, en 2040, l’entreprise idéale, celle qui a réussi à faire de la RSE le cœur de son modèle ?

Je rêve d’une entreprise intrinsèquement porteuse d’impact positif pour les humains et la planète. Où la sobriété est une source d’innovation, où la singularité de chacun est valorisée, où l’intelligence collective est un levier majeur. Un écosystème vivant, durable, épanouissant.


Qu’aimerais-tu transmettre aux générations futures ? Quel message, quel héritage aimerais-tu laisser ?

« Elle voulait changer le monde… et chaque jour, elle a essayé. Parfois, elle y est même arrivée. » Mon message pour les générations futures ? Allumez l’étincelle du « CSR by design ». Osez. Et n’arrêtez jamais de vous offusquer, car c’est dans l’indifférence que le monde s’effondre.

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